Liste des commentaires
|
La Femme qui ne vieillissait pas
Danièle M le Lundi 03-11-2025
Histoire doublement inattendue. D’une part parce que Delacourt n’a pas habitué le lecteur à cette situation particulière d’une femme qui scrute sa vie, d’autre part parce que le -je- narrateur est bien Martine, alias Betty. La famille, sa propre famille principalement, est un thème rituellement évoqué et pour des raisons douloureuses. Ici le point de vue surprend d’autant plus que la famille Delattre semble, au-delà des circonstances qui la caractérisent, respirer la sérénité, la confiance, le bonheur en somme.
Mais Delacourt prend le contre-pied du cours de la vie : son héroïne ne vieillit pas. Rien en commun avec « La voyageuse de nuit » de Laure Adler !
Nous savons tous que l’âge qui passe ne marque pas l’homme et la femme de façon équitable et qu’avec la doctrine exacerbée actuelle du jeunisme, celle-ci n’est plus regardée, n’est plus acceptée dans certaines professions, certains rôles. (« Vieillir c’est voir se réduire notre place sur la terre, se rabougrir nos ombres » p. 120) Les chercheurs en cosmétologie et les chirurgiens plastiques s’en délectent d’ailleurs !
Comment ce passage des ans se vérifie-t-il ? Un ami photographe, Fabrice la prend au rythme de 33 photos toujours dans la même attitude, jusqu’à ses 63 ans et alors que sa meilleure amie Odette doit recourir à des artifices, le temps semble ignorer Betty.
Pourquoi ? Peut-être parce que le souvenir idéalisée d’une mère très belle, décédée alors qu’elle avait 13 ans, sublime toute son existence, ou simplement parce que la vie avec André son époux ébéniste-designer, son fils Sébastien, son emploi à la Redoute, la satisfait.
Le récit serait presque un long fleuve tranquille, si un grain de sable ne s’immisçait pas, mais l’on pose ce livre apaisé face à des évidences, à une philosophie de vie simple, admise, sans animosité. Et avec l’idée que cette recherche à tout prix d’une apparence parfaite est parfois aussi contreproductive. C’est là peut-être une clé du bonheur, du moins pour Betty.
L’être ou le paraître, that’s the eternal question !
Le lecteur avide de sensations fortes, d’ambitions jamais satisfaites, de polémiques ombrageuses doit impérativement choisir un autre livre !
|
|
Flora & Joséphine
Martine C le Jeudi 11-12-2025
Ce roman s’articule autour de deux époques et de deux femmes liées par le sang, Flora autour de 2018 et Joséphine, sa grand-mère, à partir des années folles. Cette fresque familiale mêle le présent et le passé, les secrets et les rebondissements, nous faisant voyager à Los Angeles, en Normandie, à Paris, en Italie et en Grèce.
|
|
Aimer
Danièle M le Mardi 11-11-2025
La trame est presque totalement brossée dans le résumé précédent. Dommage !
Dès les premiers chapitres, le lecteur pressent que la séparation, dès l'enfance, pour des motifs familiaux, de Margaux (9 ans) et Alexis ne sera qu'éphémère, même si, quatre décennies après et le milieu d'une vie pour les deux protagonistes sont égrainés dans le moindre détail.
Et c’est peut-être cette anatomisation de leur vie d’adulte avec leurs péripéties amoureuses, sexuelles, les études, leur profession, leur entourage, la famille, qui scrutée de façon quasi scientifique, particulièrement pour le parcours d’études brillantissimes d’Alexis et son emploi high-tech aux États-Unis, pèse sur la fluidité du récit.
La partition des rôles est plutôt manichéenne, fataliste aussi, donc prévisible dès leur rencontre fortuite, sans véritable espoir que la roue de la vie puisse dévier allègrement.
Le bonheur est improbable pour chacun d’eux, malgré le mariage, les enfants, la place dans la société. À croire que le destin tracé par les Parques est irrémédiable, alors même que ces deux êtres étaient imparablement complémentaires.
L’écriture contribue aussi à ce texte très inégal. Tantôt sobre, précise, ciblée, tantôt alambiquée, s’éloignant de la littérature pour se perdre dans le scientifique sur plusieurs pages (184,5,6) ou dans le superflu contemporain (p. 231,2 ; 313,4).
L’atmosphère générale est froide, dépourvue de sentiments heureux exprimés. Margaux et surtout Alexis, s’y autorisent-ils ?
Le lecteur espère encore que le hasard de leurs retrouvailles effacera la grisaille et le conventionnel de leur existence, mais soit le temps a mal fait son œuvre, soit eux-mêmes lassés, usés, atteignent 2025 apaisés certes, mais démunis devant le temps qui fuit.
Et malgré cette affirmation de Margaux : » Ça ne finit pas. Ça commence » p. 375 ou bien encore « Aimer est le plus beau paradoxe » p. 376, l’auteur, dans une fin ouverte et ambiguë, les glisse à nouveau dans les eaux du Léman…
|
|
Nourrices
Martine C le Dimanche 11-01-2026
L’histoire se déroule certainement au XIXème siècle, au cœur d’un village où l’économie repose sur une ressource unique et biologique : le lait maternel, des femmes de la campagne vendant leur corps pour nourrir les enfants des riches familles citadines. Le roman lève le voile sur une "industrie" historique méconnue : le commerce du lait. L’auteur explore la condition féminine sous un angle charnel et brutal. Elle montre comment le corps des femmes à été exploité, transformé en marchandise, tout en soulignant la force de la sororité qui lie ces nourrices entre elles. Bien que le roman garde une atmosphère intemporelle de conte, il s’inscrit dans la réalité de la loi Roussel de 1874 dont le but est de lutter contre une mortalité infantile effrayante.
|
|
Les heures ardentes
Martine C le Mardi 09-12-2025
Ce roman se déroule en 1943, les allemands ont envahi la zone sud et les combats pour la libération s’intensifient. La résistance a de plus en plus besoin de volontaires. Les deux amies Pauline et Nathalie vont affronter et traverser cette période de grande tourmente de fin de la guerre et de reconstruction.
|
|
Mettre au monde
Danièle M le Mardi 21-10-2025
Récit du destin croisé de deux femmes, aux vécus différents. L’une, chercheuse universitaire absorbée par la préparation d’un symposium national très officiel, représenté par la Ministre de la condition féminine en personne, sur la condition éponyme au travers de la Loi Veil et en rappel de la lutte de Gisèle Halimi et de centaines de femmes derrière elle.
Marguerite, quarantenaire, s’affiche comme une femme libre, libre dans ses convictions comme dans ses agissements, ses multiples compagnons, sa sexualité décomplexée et goulue.
L’autre, Jill, mère de famille célibataire de 2 garçons, Daniel et César, sage-femme à la Courneuve depuis plus de 15 ans, passionnée par sa profession, attentive à chaque parturiente, et à chaque naissance. Responsable et empathique jusqu’à vouloir adopter chaque bébé ! « Confisquée » à ses propres garçons par le temps hospitalier, elle en délègue la garde à sa mère Jeanne, ex-infirmière. Et la vie s’écoule ainsi normalement, de façon routinière, épuisante parfois mais heureuse jusqu’au malaise et l’hospitalisation définitive de sa mère.
Si les femmes apparaissent incontestablement sur le devant de la scène, les hommes n’en sont pas absents : Sam, Jérémy, Karim (à l’incarnation différente) et d’autres anonymes, mais Cloé Korman ne leur accorde qu’un rôle insouciant, évanescent, de rencontre, de passage, de pur plaisir non sans laisser de traces d’ailleurs pour nos 3 héroïnes.
Et le hasard d’une grossesse irréfléchie et naïve pour Jill, sa totale impréparation, la saturation des maternités toujours moins nombreuses et l’accueil chez les Vérones, « au pays du premier jour » où officie Marguerite, offriront au lecteur la rencontre de ces deux profils avec leurs différences et leur sororité.
Ce roman est un hymne à la libération féminine tant sur le plan de la verbalisation que de la revendication comme plaisir charnel de l’acte sexuel par la femme face à la légèreté masculine. Et à raison pour que nos sociétés éminemment patriarcales n’oublient pas, ou au risque de longueurs, l’écriture de ces pages propulse Cloé Korman comme une militante résolue de ce combat.
|
|
Transylvania
Danièle M le Dimanche 26-10-2025
Le titre du dernier thriller de Beuglet invite immédiatement le lecteur dans l’aventure sombre et inquiétante des Balkans, vers l’énigmatique château de Bran, celui du Prince Dracula. L’accroche est quasi assurée.
L’inspectrice Mina Dragan, plus hardie et obstinée qu’expérimentée, car simple agent, se proposera pour l’élucidation du meurtre de l’unique hôte de cette auberge fantomatique.
Aucun détail d’atmosphère touchant à nos sens ne manque : le ciel plombé, la neige et son silence, le brouillard, la présence de loups, l’ombre du personnage légendaire et de vampires, les portes qui grincent, les pièces innombrables, la propriétaire mystérieuse, et cette victime tatouée qui interroge.
Puis l’histoire va dévier avec la présence et les commentaires d’un ancêtre des frères Grimm, Alphonse, qui essaiera de nous livrer les secrets des Contes éponymes, le pourquoi et les conséquences de nos peurs. Pour clore en dernière partie avec une problématique souvent soulevée actuellement : l’importance des livres, de la lecture, qui invitent à créer, à imaginer, à fantasmer face à la technologie et aux outils toujours plus sophistiqués tels portables, tablettes, écrans avec lesquels l’humain devient davantage spectateur qu’acteur actif, même si sa curiosité est rapidement satisfaite. Jusqu’à l’IA, redoutable pour la créativité et la véracité de l’information, la facilité d’accès, etc.
Opposer le conte écrit ou lu et l’IA « reçue » semble malgré tout un raccourci facile, sachant que l’IA ouvrira certainement des horizons en médecine par exemple et qu’à chaque évolution de technologie : automobile, avion, téléphone, écrans etc., la crainte a dû être identique.
Mais ne s’éloigne-t-on pas alors de l’argument central qui fait un polar ?
Le lecteur qui attend avec impatience une suite logique, haletante, imprévisible ne se sent-il pas floué ? Car rien n’empêche Beuglet de rédiger un essai sur la crainte inspirée par l’IA, la baisse du QI des humains, le copier-coller aisé, la nature dénaturée ou autre.
A trop écrire aussi, la respiration s’essouffle et le prétexte, même axé sur la conscience collective et l’exploration du subconscient individuel, ne suffisent plus à entraîner l’amateur ou plus encore le passionné de polars !
|
|
Tant mieux
Martine C le Mardi 20-01-2026
Le mantra "tant mieux” est une arme de guerre psychologique, pas une simple formule de politesse. Ce roman fait du bien, c’est une ode à l’optimisme, un manuel de survie spirituelle.
|
|
Des enfants uniques
Martine C le Samedi 24-01-2026
Dans ce roman l’auteur explore les frontières de l’amour et de la norme. Les thèmes majeurs sont l’infantilisation, le désir de normalité et le handicap face au monde. Bien qu’adultes, Hector et Luz, deux handicapés adultes et amoureux, sont traités par la société et les institutions comme des éternels enfants que l’on doit protéger d’eux-mêmes. Ils combattent pour accéder aux banalités de la vie : travailler, choisir des meubles, s’aimer sans témoin. Ce livre décrit avec une très grande pudeur la violence du regard des "valides" et la difficulté pour ces deux êtres de trouver une place dans "notre" monde. C’est un roman sur la conquête de l’autonomie et sur la puissance d’un amour qui refuse de se laisser enfermer par le handicap ou par les murs d’un foyer. L’auteur rend à Hector et Luz leur humanité profonde.
|
|
Revenir à Marimbault
Danièle M le Vendredi 17-10-2025
Le décor est planté, l'intrigue tracée. Les personnages ? Une famille, les Dutilheul, plutôt conventionnelle, voici plus de 30 ans. Henri et Jeanne, mariés pour une vie, parents de trois enfants : Michel, Jean-Noël, Cécile. Bien implantés par leur profession de commerçants dans le village de Bazas, près de Langon en Gironde. Famille honorable, respectable aux yeux de tous mais rigoriste quant à l'éducation, avec des variantes selon les enfants. Jean-Noël, le protagoniste, en est le témoin infortuné. Il raconte ou suggère.
Sa vie actuelle semble le conforter : architecte urbaniste à Paris, il a épousé David Burton, momentanément au Japon. Il revoit son ancien enseignant André dans une émotion partagée à la fois dans l'admiration du maître mais aussi parce qu'André a percé immédiatement le malaise de son élève jadis.
Michel, le frère « effacé », lui téléphone pour annoncer la fin imminente du père.
Là, le film de l’enfance, de l’adolescence, les images d’un père et plus encore d’une mère, rigides jusqu’à l’intolérance inhumaine, un amour inique pour la fratrie, refait tristement surface dans l’esprit et le cœur de Jean-Noël, ponctué par une phrase implacable : « Toi maintenant, tu prends tes affaires et tu fous le camp ». Jusqu’à le persuader qu’il est le responsable de son départ ou, mieux, de l’abandon coupable de sa famille.
Tout l’art de Stéphanie Chaillou est dans l’allusion, l’insinuation au fil de courts chapitres et d’une sobriété de mots ou -rien- rivalise avec -la chose-, qui laisse au lecteur sa propre interprétation, son propre ressenti.
La nature est accablée par la canicule, les objets et les intérieurs : hôtels, maisons sont comme les personnages quasi-statufiés, seule « la bête » anime les nuits. Au lecteur aussi de l’élucider. L’atmosphère est lourde de sens, taciturne, sans illusion. Elle résulte du dogmatisme d’une famille qui se veut exemplaire et des non-dits mortifiants qui l’ont peuplée.
|