Liste des commentaires
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Le choix du roi
Danièle M le Jeudi 04-07-2024
Toulon. Deux familles socialement, culturellement et surtout cultuellement différentes se partagent la trame du récit.
Le résumé précédent en exprime le contenu vu essentiellement du côté de la famille de Karine, Fabien et "du choix du roi", Maxime et Lisa.
Face à eux, la famille Le Barth, médecins, élevés dans la religion et ses dogmes, et leurs trois filles.
Aucun lien ne les relie, si ce n'est l'angoisse permanente et secrète d'une mère, Karine et la douleur abyssale de Marie-Claire, la mère de Capucine, Gaëlle et Iris.
L. Lieutaud insiste sur la complexité de l'adolescence, ses hésitations, ses révoltes, ses hardiesses, confrontée aux questionnements des mères, leur perplexité et leur appréhension. L'art d'être mère se confirme exigeant et plus complexe que celui d'être père. Peut-être le fait de ne pas voir précisément, leur permet-il plus de distance, de sang-froid et de légèreté ?
Tout autant que le drame qui survient et "associera" ces deux familles, l'écrivaine insiste, quitte à se répéter, sur la solitude, la rumination jusqu'à l'obsession chez Karine et M-Claire des circonstances dans lequel il se déroule, de nuit sur une route etc. et le sentiment de culpabilité insoutenable qui s'ensuit.
Certains critiques évoquent à propos de ce roman un triller, d'autres un drame antique. Ne s'agit-il pas plutôt hélas et tout simplement de la vie, de ses hasards favorables ou funestes, du destin aléatoire de chacun que l'on pourrait lire dans la presse ?
L'écriture abonde dans ce sens et dans celui de la contemporanéité.
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La Colère et l'Envie
Danièle M le Jeudi 30-11-2023
Livre singulier par sa mise en page, l'écriture et certains personnages .
La situation familiale est parfaitement exposée dans le résumé qui précède.
Trois parties dont la première est une suite systématique d'interventions de la mère et du père d'Isor, chacun d'une sensibilité et d'une réactivité dissemblables devant une enfant différente, mutique, excessive, qui les éloigne des amis et de la famille. Bien qu'englués ensemble dans le désarroi, la souffrance et la quête d'un miracle scientifique, Maude restera jusqu'à la conclusion la mère aimante, patiente, maternante. Camillio, le père fluctuera au-delà de son amour, entre tentatives multiples pour une évolution d'Isor, lâcher prise et colère.
La seconde partie, d'une écriture fouillée et d'une profondeur détonnante, illustre la rencontre improbable mais surtout constructive d'un mystérieux voisin septuagénaire, Lucien et de l'adolescente. Chacun y trouvera sa raison d'exister et d'espérer peut-être au grand dam de Camillio, surtout . Pourquoi un étranger réussit-il, là où la famille ne progresse pas?
Quant à la troisième partie, elle est révélation à la vie, d'Isor. Hymne à la découverte, aux rencontres, à la poésie et à la joie.
La situation sensible, déstabilisante, dramatique pour la famille, presque coupable au regard de la société n'est hélas pas unique et en ce sens Alice Renard implique le lecteur dans la souffrance ou la joie des protagonistes.
C'est peut-être l'écart de ton entre les trois parties qui désoriente. A-t-elle voulu rendre hommage à un ancien (G-P., autre parent, connaissance?), honorer la génération précédente avec ses valeurs? Ou insister sur ce que notre société n'accepte pas : la différence?
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On dirait des hommes
Danièle M le Mardi 13-02-2024
Un roman noir en demi-ton, entre polar et thriller . Le personnage central est incarné par Dominique Bontet, juge d'instruction, intraitable dans sa profession, exigeante, pointilleuse et surtout jusqu'au boutiste.
Absorbée par le dossier tragique d'Anna et Thomas, elle n'aura de cesse de questionner, d'enquêter sur la moindre dissimulation de ces parents ravagés par la perte accidentelle de Gabriel.
Ce dossier entraînera, par le hasard d'une intervention inopinée d'Anna, chez Iris et Patrice leurs voisins, l'ouverture d'une autre affaire familiale pour le juge. En effet, Anna interviendra un soir chez les Le Bihan pour soigner leur fille Anaïs qui s'est blessée.
Le lecteur est convié alors à pénétrer dans l'intimité de ces deux familles par l'analyse minutieuse des comportements et de la psychologie de chacun des protagonistes. Relativement lisse à l'extérieur mais torturé, inquiet, frustré, faible ou violent, principalement pour Thomas et Patrice, alors que les épouses résistent et tentent de construire. D'ailleurs, comment interpréter le titre ?
Ce livre de Fabrice Tassel rejoint la vague actuelle de polars français, bien différents des anglo-saxons ou des pays nordiques. Certes les deux situations s'avèrent éminemment graves mais plus que l'intrigue policière c'est le côté sociétal, comportemental qui intéresse l'écrivain, lequel s'applique alors à disséquer l'âme humaine.
le Mardi 28-11-2023
Très bon polar psychologique. Dominique Bontet est juge d'instruction. Elle voit et elle entend toutes sortes de choses dans son bureau. Certaines affaires sont plus sensibles que d'autres. Et là, elle n'arrive pas à fermer le dossier de Thomas et Anna. Elle cherche le moindre petit grain de sable, elle décortique tout, leur vies, leur habitudes, jusqu'au secrets les plus enfouis, mais cela fait partie de son boulot. Et comme dans beaucoup de familles, les apparences sont souvent trompeuses .
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La Faille
Danièle M le Mardi 13-02-2024
Avec La Faille, nous sommes dans le plus pur Thilliez, sombre, machiavélique allant jusqu'au fond de la noirceur humaine avec la nouvelle enquête menée par son commandant fétiche Sharko , pourtant mis sur la touche mais qui revient avec son équipe suite à l'arrestation d'un tueur en série nécrophile. Et le mot est prononcé!
Plutôt que la vie, c'est la Mort qui rôde à chaque page, derrière chaque personnage, et même l'expérience de la mort avec les EMI (expérience de mort imminente). Entre savants avérés et expérimentateurs démoniaques à la Frankenstein, Thilliez exploite toute sa curiosité critique et rationnelle, ses stages de recherches auprès de la police scientifique ou des chercheurs en laboratoire pour décortiquer le cerveau humain dans ses moindres lobes et pousser à la fois les enquêteurs et les lecteurs à plonger dangereusement dans la monstruosité de l'homme apprenti sorcier.
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Triste tigre ( prix Goncourt des lycéens - prix Fémina 2023 )
le Dimanche 07-01-2024
C'est un livre choc, bouleversant !! Âme sensible s'abstenir, certaines scènes sont détaillées, suffisamment pour qu'on soit indigné, écœuré et complètement chamboulé !! C'est le témoignage d'une jeune fille qui raconte le calvaire qu'elle a vécu dans sa propre maison ou pendant des années elle a servi de jouet sexuel à son beau père ! Elle a eu le courage d'en parler, pour arriver à " vivre" à "passer " à autre chose. Elle essaie même d'analyser son bourreau, comprendre pourquoi ? Mais comment comprendre ? Elle l'a dénoncé pour éviter qu'il ne s'en prenne à ses petites sœurs, sinon elle n'aurait peut-être jamais rien dit.
Danièle M le Mardi 05-12-2023
Qu'ajouter pour évoquer le contenu de ce livre qui confesse le viol d'un jeune beau-père sur la fillette de sa compagne? Pendant 7 ans, jusqu'à l'adolescence il a absorbé, mystifié, terrorisé, abîmé la vie de cet enfant avec sa toute puissance d'adulte démoniaque, perverti et affabulateur.
Neige Sinno tente après plus de vingt ans de regarder le passé et de le mettre en mots.
"J'ai du mal à être sûre que j'existe".
Le parti pris est souvent littéraire avec des allusions-témoignages d'autres auteurs C. Angot, Despentes, C. Kouchner ou la vision cynique d'un Nabokov. Peut-être aussi parce que les écrits restent, dit-on.
Le récit se divise en 36 sous-chapitres qui se voudraient ordonner les idées pour une parfaite lucidité sur les abus, la responsabilité, l'analyse après le procès, la condamnation, les effets difficilement délébiles sur une vie de jeune femme et de mère et cependant il est redite. Cette redondance est due imperturbablement à des souvenirs-images qui explosent à l'esprit comme si la liste des meurtrissures abjectes n'était jamais exhaustive. Bien plutôt triste sire que triste tigre dont l'omnipotence est essentiellement lâcheté.
Mais ce qui est terrifiant au-delà du contenu de son propre récit qui n'est pas fictionnel, c'est qu'il est hélas éminemment fréquent puisqu'une Commission gouvernementale officielle évalue à 438 enfants touchés journellement par les violences sexuelles en France.
Si le regard de la société et de la justice évolue, l'homme (ou la femme, rarement mais parfois), demeure avec sa soif de domination amorale jusqu'à la cruauté, de libido et de perversions diverses.
Est-il incongru toutefois de se demander pourquoi des jeunes gens, en l’occurrence des lycéens pour lesquels une insouciance toute relative devrait les inspirer, ont choisi sur une liste d'autres romans certainement plus légers, celui-ci et sa thématique accablante?
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Veiller sur elle ( prix Goncourt 2023 )
le Lundi 26-02-2024
Prix amplement mérité ! Très très belle histoire d'un jeune garçon Mimo qui est un peu différent des autres. Il devient ami avec des personnes qui ne sont pas son milieu, mais il va aussi côtoyer les bas fond de la ville. Au décès de son père, sa mère l'envoie chez un oncle en Italie pour apprendre le métier de sculpteur. La vie ne va pas être tendre avec lui mais il va faire de belles rencontres, entre autres Viola. Mais Mimo est pauvre et Viola est une fille issue d'un milieu riche. Pourtant rien ni personne ne pourra les séparer. L'histoire se passe dans une Italie qui rentre en guerre où chacun doit choisir son camp .
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Suite inoubliable
Danièle M le Lundi 09-06-2025
Roman remarquable pour le fond : le sujet musical traité, la vision humaine, culturelle dans ce que l'homme a de plus noble mais aussi de plus barbare, la guerre et la transmission familiale . Pour la forme : extrêmement fouillée, documentée, sensible d'un écrivain japonais qui maîtrise la langue de Molière à faire pâlir nombre d'écrivains français !
Le récit commence en 1945, à Tokyo avec Hortense Schmidt, 36 ans luthière et Ken Mizutani, magicien du violoncelle et se termine en 2020 avec Pamina, luthière comme sa grand-mère et Guillaume Walter violoncelliste émérite, époux de Pamina.
En réalité le protagoniste n'est-il pas le violoncelle en soi, ou les violoncelles, le Matteo Godffriller d'un luthier vénitien du XVIII°, le Pax Animae, construit à l'identique par Hortense ou le modeste Rei, fabriqué dans les tranchées par un simple menuisier sur un modèle de D. Montagnana, pour que le musicien- soldat puisse continuer à jouer ?
Cette saga familiale passionnée par la musique de Bach, Beethoven en passant par Pablo Casals sublime l'instrument en le décomposant, le détablant, le remontant avec les détails des couleurs, du vernis, des tasseaux qui serviront de cache à messages, véritable bouteille à la mer.. Sa fragilité et en même temps sa perfection acoustique, la beauté visuelle, qu'il offre pour les images qu'il évoque.
Toute la partie musique (concert, compositeurs, morceaux) s'adresse plutôt à une élite très entendue, exercée dans l'art de cet instrument.
La partie concernant les différents personnages, le côté générationnel démontre aussi que l'univers n'est pas si grand et que le hasard des rencontres peut s'avérer élevé, passionnel et produire l'excellence.
Petit bémol toutefois, Akira Mizubayashi n'a-t-il pas un goût excessif pour la perfection au point d'étirer en longueur certaines de ses descriptions, ou la pratique d'une langue étrangère ne le condamne-t-il pas à exprimer ce qu'il pourrait seulement suggérer selon l'éthique et la philosophie de ses origines asiatiques où la pudeur et la maîtrise de la parole sont de mise ?
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Le chapeau cloche
le Mardi 21-11-2023
Très jolie histoire d'une jeune fille qui lit des livres où les femmes sont indépendantes, vivent leur vies comme elles l'entendent. Bien sûr cela lui fait envie, mais la réalité est toute autre . Elle quitte la maison familiale pour épouser un homme plus âgé qu'elle qui pense que les femmes n'ont pas leur mot dire, qu'elles sont là juste pour satisfaire leur mari, prendre soin de la maison et des enfants. Mais une rencontre va tout changer, en même temps la guerre éclate, ce qui va lui donner la force et le courage de prendre son destin en main .
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Perspective(s)
Danièle M le Vendredi 17-11-2023
Page d'histoire à Florence partagée entre rivalités du Roi de France Henri II, du Pape Paul IV et de la rigueur morale du prédicateur dominicain, plus qu'austère, Girolamo Savonarola.
- Michelangelo déjà sommé de "vestire gli ignudi" de son Jugement dernier, dans la très officielle Chapelle Sixtine, tâche confiée officiellement au peintre Daniele da Voltera.
- Et voilà Jacopo da Pontorno, le maniériste vieillissant qui ose présenter, entre autres, sur son interminable fresque , une Vierge lascive dénudée au visage reconnaissable de ... Marie de Médicis, fille aînée du grand Duc de Toscane! Le scandale est consommé. Le peintre sera retrouvé mort sauvagement assassiné.
L'enquête pour découvrir l'auteur du délit sera confiée à Vasari, peintre et sculpteur lui-même et auteur de la Vie de tous les artistes toscans contemporains. Ainsi Binet saisit cette occasion pour imaginer l'échange épistolaire le plus représentatif des artistes de la Renaissance spécialement florentine, à travers 176 lettres qui mêlent culture et politique de cette époque foisonnante.
Récit hardi pour l'écriture qui impose une langue travaillée, désuète aujourd'hui et une documentation fournie afin d'éclairer le climat dans l'Athènes italienne du XVI°.
Le livre s'adresse essentiellement aux amoureux d'art dans la capitale toscane sous la dynastie médicéenne.
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La Faiseuse d'étoiles
le Jeudi 16-11-2023
Très très belle histoire d'un homme qui se remémore son enfance. Il repense à toutes ces histoires que sa mère lui racontait pour embellir leur vie, pour éviter qu'il ne souffre, pour essayer de préserver son petit garçon. Mais pour arriver à le comprendre il faut devenir parent à son tour, et là on se rend compte qu'on est capable de n'importe quoi pour épargner ses enfants, quitte à leur mentir, leur raconter des histoires jusqu'à devenir une faiseuse d'étoile !
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