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couverture de : Terrasses ou Notre long baiser si longtemps retardé
Résumé : Vendredi 13 novembre 2015. Douceur automnale : ce soir pourrait avoir un air de fête. On rêve de ce que sera cette nuit qui s'ouvre. Deux amoureuses savourent l'impatience de se retrouver ; des jumelles se sont demandé où célébrer leur anniversaire ; une infirmière se promet le repos mérité. Un mari s'agace de devoir garder seul “la petite” - sa femme part écouter de la musique. Partout dans Paris, on va bavarder, trinquer, rire, danser. Et du côté des forces de secours et de l'ordre, rien n'annonce l'horreur imminente. Chant polyphonique, élégie narrative, “Terrasses” porte la parole de ceux qui ont vécu la joie puis la terreur, restitue les gestes, les regards échangés, la sidération partagée, offre à tous la possibilité d'un avant l'“après”, dont le temps érode l'impossible oubli.
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Tragique date dans les mémoires et les cœurs que ce 13 novembre 2015. Indélébile cette funeste série d'attentats à Paris. -Terrasses-, puisque tel est le titre, pourrait évoquer un simple élément architectural, une bouffée d'air frais, un regard sur la ville. Le texte commence par quelques courts paragraphes quasi anonymés de situations individuelles voire à deux ou trois du quotidien. Des jumelles qui se retrouvent après éloignement Paris/Barcelone, deux jeunes femmes qui s'aiment, une jeune mère qui claque la porte pour fuir la routine, des amis qu'un anniversaire réunira autour d'un verre et d'autres encore dont le seul dénominateur commun est de trinquer, métaphore de vivre, ... à une terrasse de café. Et le lecteur sait désormais qu'au-delà de l'enthousiasme de chacun qui les pousse à se réunir, le drame guette. Un drame national après celui du 7 janvier 2015 où la majorité des français s'est identifiée à Charlie. Laurent Gaudé en reprenant cette thématique, s'en éloigne par rapport aux textes antérieurs ou pièce de théâtre relatant ces épisodes funestes, en prenant de la hauteur parce qu'il n'est pas directement concerné. Il s'en rapproche pour la résilience . "Vivre. Comme on aime.... Pas terrassés."3 p. 131. Cela lui permet de l'aborder sous toutes les facettes induites. Sa parole est tour à tour celle des acteurs de cette adversité, "des chanceux ou des damnés" p.125, des amis, de la famille proche, des intervenants : la police, les pompiers, les enquêteurs par ex. mais aussi des gens de l'ombre qui devront nettoyer, restaurer, repeindre. Il survole cet événement à jamais historique d'une écriture sobre, acérée, précise, des phrases verbales, utilisant l'anaphore souvent, des paragraphes entiers au négatif, la répétition du mot - Hasard -, et non fatalité, sans doute en référence à son étymologie arabe (az-zahr). Et malgré l'écriture apaisée, la folie due à la soumission dogmatique, l'héroïsme confondu avec la peur, la bestialité humaine persistent faisant du Paradis promis des uns, l'Enfer éternel des survivants.
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