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couverture de : Revenir à Marimbault
Résumé : Rentrée littéraire 2025 ? Son frère l'avait appelé un matin, tôt. Jean-Noël avait immédiatement reconnu sa voix. Assis dans le fauteuil crapaud de l'entrée de son appartement, le téléphone portable collé contre la joue, Jean-Noël avait senti son pouls s'accélérer. Ils ne s'étaient pas parlé depuis près de trente ans. Sur sa peau, les poils de ses bras s'étaient redressés. Un picotement la parcourait. Il avait laissé Michel parler. Leur père allait mal. Il devait venir. À ces mots, il avait eu l'impression désagréable que des importuns étaient entrés chez lui. Des corps, des odeurs, des paysages dont il ne souhaitait pas la présence. Mais qui étaient là pourtant. De retour. Qui s'imposaient. D'une phrase polie, il avait remercié son frère. Puis il avait raccroché. Sans rien dire de ses intentions. Deux jours plus tard, il prenait la route. ? Quand il avait à peine dix-huit ans, un drame a contraint Jean-Noël à quitter sa famille. Trente ans après, il revient enfin sur les lieux de son enfance. Pendant six jours d'un été caniculaire, il va devoir affronter un passé qu'il a longtemps tenu à distance, tandis que la forêt les cerne de sa présence inquiétante
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Le décor est planté, l'intrigue tracée. Les personnages ? Une famille, les Dutilheul, plutôt conventionnelle, voici plus de 30 ans. Henri et Jeanne, mariés pour une vie, parents de trois enfants : Michel, Jean-Noël, Cécile. Bien implantés par leur profession de commerçants dans le village de Bazas, près de Langon en Gironde. Famille honorable, respectable aux yeux de tous mais rigoriste quant à l'éducation, avec des variantes selon les enfants. Jean-Noël, le protagoniste, en est le témoin infortuné. Il raconte ou suggère. Sa vie actuelle semble le conforter : architecte urbaniste à Paris, il a épousé David Burton, momentanément au Japon. Il revoit son ancien enseignant André dans une émotion partagée à la fois dans l'admiration du maître mais aussi parce qu'André a percé immédiatement le malaise de son élève jadis. Michel, le frère « effacé », lui téléphone pour annoncer la fin imminente du père. Là, le film de l’enfance, de l’adolescence, les images d’un père et plus encore d’une mère, rigides jusqu’à l’intolérance inhumaine, un amour inique pour la fratrie, refait tristement surface dans l’esprit et le cœur de Jean-Noël, ponctué par une phrase implacable : « Toi maintenant, tu prends tes affaires et tu fous le camp ». Jusqu’à le persuader qu’il est le responsable de son départ ou, mieux, de l’abandon coupable de sa famille. Tout l’art de Stéphanie Chaillou est dans l’allusion, l’insinuation au fil de courts chapitres et d’une sobriété de mots ou -rien- rivalise avec -la chose-, qui laisse au lecteur sa propre interprétation, son propre ressenti. La nature est accablée par la canicule, les objets et les intérieurs : hôtels, maisons sont comme les personnages quasi-statufiés, seule « la bête » anime les nuits. Au lecteur aussi de l’élucider. L’atmosphère est lourde de sens, taciturne, sans illusion. Elle résulte du dogmatisme d’une famille qui se veut exemplaire et des non-dits mortifiants qui l’ont peuplée.
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